La barbe hirsute les pomettes rouges de froid, et les yeux noirs de haine, de haine envers le monde, tu marches...
Voila quarante ans que tu arpentes cette rue, ton baluchon troué sur l'épaule, dans le même état que les haillons gris que tu portes, tu marches...
Banni de la société, tu as tout vu, tout entendu, mais personne ne t'a jamais remarqué.
Tes chaussures sans semelles frappent le sol en cadence, au rythme de cette chanson qui sort de tes lèvres, la seule que tu connais vraiment. Tu ne regarde pas les passants pressés, qui eux, te décochent des regards en biais.Parfois, tu as honte, mais tu marches...
Tu marches pour oublier qui tu es, ce que tu es...Tu marches.
Arpenter les rues, c'est survivre.S'arreter, c'est s'avouer vaincu.
Brave gars, toujours là pour aider son prochain...Pourtant personne ne t'aprécie. C'est dommage ! mais c'est comme ça...
Donner à manger aux pauvres enfants du tiers-monde ? T'es tout à fait d'accord ! Mais parfois, tu aimerais qu'on s'occupe aussi de toi.
Pauvre gars, tu es comme ce vieux chène défiguré par les graffitis, oublié...Oublié du monde et des autres.
Te souviens tu de ton prénom ? Pas si sûr...
Le soir approche. Alors tu poses ton baluchon sous un pont, tu te blottis contre le mur, et tu t'endors, parce qu'au moins, dans les rêves, la misère ne t'atteint plus...